Photo : Vision croisée
De gauche à droite Miriam Munoz et Sara Rosas.
Du Mexique à Montréal
En brisant les barrières de la langue, par le biais de la francisation, elles vivent désormais leur passion : l’entrepreneuriat. Miriam Munoz et Sara Rosas sont deux jeunes Montréalaises d’origine mexicaine qui ont décidé de conjuguer leur savoir-faire pour mieux s’intégrer au Canada. Si la première se décrit comme « super vendeuse », la seconde se définit comme « sommelière de tisane ». Mais les deux se reconnaissent en une marque : Tisane Aztèque.
Réussir à tout prix! C’est la plus grande pensée qui a toujours guidé Sara. Celle qui débarquait en avril 2014 à Montréal s’est d’abord vu coincée par les barrières de la langue, le français. Alors que son objectif n’était pas de retourner aux études, mais de poursuivre sa profession amorcée depuis l’enfance au Mexique, la sommelière de tisane n’a pas hésité à déposer ses valises dans une classe de francisation.
« J’ai commencé les cours de francisation tout de suite, dès que je suis arrivée à Montréal. J’ai suivi deux niveaux de cours, chacun durant environ trois mois. Ça m’a pris environ sept mois pour le conclure », se souvient Sara pour qui, « l’intégration des non francophones » commence par la pratique du français. « La première chose à faire au Québec, c’est parler la langue du pays d’accueil », souligne Sara Rosas.
« Malgré l’anglais et l’espagnol, le français était le bon passeport! »
Elle ne croit pas si bien dire. Son premier choc culturel, c’était la langue. Malgré l’espagnol et l’anglais en poche, ce bilinguisme sans le français ne lui était pas favorable dans les rues de Montréal. « Lorsque je m’adressais aux gens en anglais, révèle-t-elle, on me répondait le plus souvent en français et là, j’ai compris que je n’avais d’autre choix que d’apprendre le français. »
Pendant ce temps, l’idée de lancer son entreprise lui traversait l’esprit. Pourtant, elle n’avait aucune connaissance du monde des affaires au Québec. Sara embarque donc dans une nouvelle aventure : suivre des cours de lancement d’entreprise. « Ces cours, dit-elle, étaient plus théoriques que pratiques. » De là va naître « Tisane Aztèque », marque commerciale de Mex thé & Herbes, une entreprise spécialisée dans la vente et la distribution de tisanes fines aux multiples saveurs ancestrales des Aztèques du Mexique. « Les produits viennent des champs de mon père, je suis mon propre fournisseur de tisanes. Ce sont des produits santé, sans caféine, ni artifices ni colorants. C’est ce qui fait notre force », fait valoir celle qui a fait ses premiers pas au sein de l’entreprise familiale au Mexique.
Sara et Miriam : La réussite au bout de la Tisane Aztèque!
Si Sara est parvenue à mettre sur pied son entreprise à bout d’efforts, rien n’était pourtant gagné d’avance. En plus de son époux québécois, son premier soutien, elle a dû passer par plusieurs organismes d’aide aux immigrants, rencontrer les bonnes personnes sur son chemin. Comme Ibrahim Kaboré, son coach à Horizon Carrière. La fondatrice de Mex thé & Herbes s’est également associée à Miriam Munoz, une compatriote mexicaine.
Occupant la fonction d’assistante d’affaires depuis 2015, Miriam semble avoir retrouvé le sourire. Celle-là même qui, arrivée en 2006 à Montréal, avait dû affronter le froid et surmonter les barrières de la langue. « Quand je suis arrivée ici, j’ai commencé à suivre des cours de francisation et après, j’ai cessé pour chercher du travail parce qu’il fallait vivre. Mais j’ai travaillé, travaillé et après, je n’étais pas épanouie, ni heureuse dans ce que je faisais. J’ai dit ça suffit! Je veux faire quelque chose qui me passionne vraiment : la vente. »
Aux côtés de Sara, la « super vendeuse » organise désormais des ateliers et des initiations à la consommation de tisanes. Elle participe à des expositions et des salons pour vendre les variétés de Tisane Aztèque. « Oui, tout marche bien avec Sara. Je suis en train de vivre ma passion », dit Miriam, tout en invitant les candidats à l’immigration à ne pas tomber dans les mêmes erreurs qu’elle.
« Ce que je peux donner comme conseil aux immigrants, c’est de ne pas faire comme moi, c’est-à-dire focaliser sur l’argent en arrivant au Canada. Il faut envisager son futur, braver la peur, en n’hésitant pas à retourner aux études, s’il le faut », conseille celle qui a failli fuir le Québec à cause du froid. « Quand je suis arrivé, il faisait trop froid, je ne voulais plus rester. »
« J’ai voulu fuir le Québec… »
Et si Miriam n’a plus quitté le Québec, plus de dix ans après sa rencontre avec le froid sibérien, c’est surtout à cause de ses enfants pour qui elle a décidé d’aller jusqu’au bout. « Quand j’ai pensé à eux, j’ai vu qu’ils avaient plus d’opportunités en allant à l’école, parler le français, l’anglais et l’espagnol et j’ai donc décidé de rester et de me battre pour eux. »
Tout comme Sara, Miriam pense que la base de l’intégration des nouveaux arrivants passe par la langue. « Si vous n’êtes pas francophone et que vous voulez résider au Québec, il faut savoir parler français. Si vous ne savez pas parler français, il y a des cours de francisation accessibles gratuits partout », rappelle l’assistante en affaires de Mex thé & Herbes, qui souligne que, « c’est la base pour un bon départ afin de s’intégrer et atteindre son rêve de vie. »
Si les rêves de Miriam et Sara se sont croisés, les idées ne sont toutefois pas à la croisée des chemins. En 2019, les deux collègues visent non seulement l’ouverture d’un point de vente de tisanes à Montréal, mais envisage aussi de poursuivre les ateliers d’éducation à la consommation des produits santé, sans agents de conservation et zéro déchet. « Notre société en a besoin, les gens sont devenus accros aux boissons gazeuses qui ont des répercussions graves sur leur santé; l’obésité prend de plus en plus de place », croit Sara.
En attendant, avec l’aide d’Ibrahim Kaboré, Miriam et Sara ont été admises – après concours- à un programme incubateur à HEC Montréal, en novembre 2018. Au terme de sept mois de formation d’une valeur de 30 000 dollars qu’elles n’auront pas à défrayer, les deux jeunes dames devraient ressortir avec un bon carnet d’adresse d’affaires et surtout, des outils marketing pour propulser leur entreprise et leur carrière entrepreneuriale à Montréal.